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Un commissaire européen pour le multilinguisme

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La Roumanie et de la Bulgarie ont rejoint l’Union européenne le 1er janvier, et ces pays ont désormais leurs commissaires à Bruxelles. On se souviendra que le premier candidat de la Roumanie, Varoujan Vosganian, avait été refusé par la Commission européenne. Le commissaire roumain qui a été nommé à sa place, Léonard Orban a été chargé de conduire la politique européenne du « multilinguisme».

Ce n’est pas seulement par idéalisme que l’Europe s’est dotée d’une politique des langues. Ce fut d’abord une exigence pratique. Les institutions européennes dépendent en effet pour leur fonctionnement d’une armée de traducteurs et d’interprètes. Or, si l’on continue de souhaiter en principe que les citoyens européens puissent communiquer avec les institutions dans leurs propres langues, chaque langue supplémentaire ajoute au coût du fonctionnement des institutions : l’UE pratique actuellement 23 langues officielles, qui coûtent environ 1% du budget de l’Union.

L’enjeu des langues touche aussi à l’avenir de l’intégration européenne. Comme, en effet, cimenter durablement des peuples qui ne se comprendraient pas ? A défaut d’imposer une langue commune, comme l’anglais aux USA, il faudra, pour que les européens puissent communiquer entre eux et partager un espace politique et économique commun, qu’ils parlent plusieurs langues.

La politique des langues s’est donc transformée en une politique en faveur du multilinguisme, et on veut métamorphoser une contrainte- le nombre des langues qu’on parle en Europe- en atout. « Mon but, affirme le nouveau commissaire, est de prouver que la diversité culturelle et linguistique ne sont pas un fardeau mais une opportunité à saisir ». Il y a d’abord l’argument économique : « le multilinguisme est bon pour les affaires. […] et le multilinguisme peut donner à une industrie un avantage compétitif.». Mais en définitive, le multilinguisme serait aussi une valeur en soi : « La diversité culturelle et linguistique de l’Europe est source de richesse ; il faudra l’encourager et la mettre en valeur».

De contrainte coûteuse, la diversité linguistique et culturelle de l’Europe a été élevée au rang de valeur fondatrice de l’Union. Le nouveau slogan de l’Europe n’est-il pas : Unis dans la diversité?

Pourtant, la plupart des langues européennes n’ont pas de statut officiel au sein des institutions européennes. L’Europe compte aujourd’hui 23 langues officielles contre plus de 60 autres langues européennes, sans compter les nombreux dialectes et les langues arrivées en Europe avec l’immigration. Or les partisans des langues régionales et minoritaires ne sont pas en reste et ont su tirer parti de la valorisation de la diversité. Il existe des coalitions influentes, au niveau européen, pour promouvoir les langues moins répandues. Depuis l’adoption en 1998 d’une Charte européenne pour les langues régionales et minoritaires par la Conseil de l’Europe, elles bénéficient aussi d’une certaine reconnaissance officielle. La Charte accorde en particulier des droits aux langues autochtones.

La Commission européenne a repris l’approche de cette Charte dans le cadre de sa propre politique. Depuis 2004, l’Arménien fait théoriquement partie des langues minoritaires du continent: il est en effet dors et déjà considéré comme telle en Pologne, en Hongrie, à Chypre, ainsi qu’en Roumanie et en Bulgarie.

Cette reconnaissance, résultat des derniers élargissements, accorde à l’Arménien une légitimité nouvelle, lui donne accès à la mouvance des langues européennes moins répandues, et pourrait lui donner accès à des financements publics.

Le cœur de l’action de l’UE en matière linguistique tient en un vaste programme de financement de près de 7 milliards d’Euros étalés entre 2007 et 2013, le « programme d'action dans le domaine de l'éducation et de la formation tout au long de la vie ». Ce programme couvre l’ensemble du cycle éducatif, et met tout particulièrement l’accent sur l’apprentissage des langues. Il prévoit en outre des financements pour la promotion de la diversité linguistique, par exemple par la constitution de réseaux. C’est surtout la première fois que les langues moins répandues sont éligibles dans le cadre d’un programme européenne de cette envergure. Il est tout à fait envisageable bien sûr que des organisations éducatives ou des spécialistes de l’enseignement de l’Arménien y participent.

Ces financements représentent en soi une opportunité pour l’Arménien. Mais la légitimité que le contexte actuel donne à une langue telle que l’Arménien pourrait avoir un effet plus important que les soutiens financiers sur le développement de la langue en Europe. Selon le linguiste Gilbert Dalgalian, « les représentations et l’arrière plan idéologique » que fournit notre entourage sont déterminants dans le développement des langues. Si les Européens en viennent à considérer les petites langues comme l’un des éléments de leur paysage culturel et le plurilinguisme comme la norme, le déclin de la langue arménienne en Diaspora pourra peut-être être arrêté.

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